Poètes japonais du 19e au 21e siècle - Tanka

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Sur cette page, vous allez trouver au fur et à mesure la présentation de poètes du tanka japonais de la période récente

Mise à jour au 6 novembre 2017

Les poètes japonais selon les ères impériales

1868 - 1911 明治 Ère Meiji
1912-1925  大正 Ère Taishō
1926-1989  昭和 Ère Shōwa

1989 平成 Ère Heisei


250 000 tanka japonais contemporains en 17 volumes

 Au Japon : des poètes contemporains


SASAKI Yukitsuna (佐佐木 幸綱) est né à Tokyo en 1938.

Yukitsuna Sasaki

Il est le petit-fils du poète Nobutsuna Sasaki, Yukitsuna

Yukitsuna Sasaki, directeur et rédacteur en chef de la revue de tanka Kokoro no hana, est né dans une famille de poètes: son grand-père Nobutsuna Sasaki est le fondateur de cette revue et son père, Harutsuna Sasaki, est lui aussi poète. Très actif au Japon, il est président de l’Association des poètes contemporains et profeseur honoraire à l’Université Waseda. Il est théoricien de la littérature japonaise et professeur de littérature japonaise à l'Université Waseda à Tokyo. Il est à la tête du groupe d'écrivains Chikuhaku Kai.

Sasaki a publié plusieurs ouvrages sur la littérature et écrit quatorze volumes de tanka. En 2011, il est lauréat du prix Yomiuri de littérature dans la catégorie poésie.

Chef de file du groupe «Kokoro no Hana», il a été une des sources principales d’inspiration de la jeune poétesse japonaise TAWARA Machi.

Il a un blog : http://www.yukitsuna.com/

竹に降る雨むらぎもの心冴えてながく勇気を思いいしなり

直立せよ一行の詩木幸綱

 

La pluie tombant

sur les bambous m’a rendu lucide

au fond de moi

et j’ai pensé un long moment

au sens du mot courage

 

Et le titre du recueil 

『直立せよ 一行の詩』佐佐木幸綱

 

Recueil des tanka « Une ligne érectile de poésie » de Yukitsuna SASAKI

Traduction par Ikuo ISHIDA











人もまた風景となりかがやかける風車へ向かう道をのぼれり

hito mo mata fûkei to nari kagayakeru fûsha e mukau michi o noboreri

a human being, too,

blends in the scenery

I climb a road

towards the shining wind mill

from “Gendai Tanka No Kansho 101” (Appreciation of Contemporary Tanka 101) edited by Ken Kodaka, Shinshokan, 1999, Tokyo, Japan


ジャージーの汗滲むボール横抱きに吾駆けぬけよ吾の男よ

jâjî no ase nijimu bôru yoko-daki ni ware kakenuke yo ware no otoko yo

I hold a ball on my side 

with sweat from the  uniforms

run, I tell  myself, run!

a man inside me, run!



       

Yuuko Suzuki   鈴木 祐子

- Née à Ôsaka (Japon).
- Commence à l’âge de 6 ans la calligraphie japonaise avec de grands maîtres renommés, notamment Maître SUMIYAMA Nanboku.
- Chargée des Ateliers d’Art japonais au Musée Guimet 2002-2011 à Paris.
- Travaux artistiques : Peinture abstraite (huile, encre, pastel, tempera, aquarelle…), différents types d’installation
notamment en utilisant le papier japonais, et des performances en public.
- L’enseignement bouddhique de la Vacuité, la Non-dualité et la Paix est la base de sa vie et sa démarche fondamentale artistique.
- Publication régulière d’illustrations de textes de poètes et d‘écrivains français.
- Publication de tanka, dans la Revue Suiro. (Yokohama) depuis 2007.

 

Yuuko Suzuki

わが心赤き叫びに震へをり姨捨山にてる月凄し

Mon cœur tout mon être
sans cesse tremble dans le cri rouge,
sur le Mont Obasuté
la lune brille
terrible et triste.


曼珠沙華空一杯の笑み映ゆし幼心の大きなる空

Le ciel dans l'immensité
des fleurs rouges sacrées,
empli d'un sourire qui resplendit,
ah le vaste ciel
dans le cœur de l'enfance !

 

Machi Tawara
(Japon)
Machi Tawara

Ces poèmes ont eu l'aimable autorisation de traduction par Machi Tawara elle-même.
© Revue du tanka francophone

Notre site est d'ailleurs en lien avec le sien :

http://www.gtpweb.net/twr/index.htm

 

Machi Tawara sur You Tube


 
 
 

 


 
 

 

Traduit depuis l'anglais, par Janick Belleau :

 

Sur l’épaule de l’homme
à la trompette argentée
ombre noire du microphone

 

 

 

Te dis bonne nuit et pense,
maintenant le téléphone n’a plus besoin de sonner
aujourd’hui

 

 

Les jours où j’ai manqué les prévisions de la météo,
qu’il pleuve ou qu’il fasse beau,
je ne me fâche pas

 

 

 

 

 


 

Traduit depuis le japonais par Fumi Wada et Denis Schaeffer (Québec / Canada) :
 

1)陽のあたる壁にもたれて座りおり平行線の吾と君の

 

2)沈黙ののちの言葉を選びおる君のためらいを楽しん

でおり

 

3)「また電話しろよ」 「待ってろ」 いつもいつも命

令形で愛を言う君


 
1. Assise le dos à un mur ensoleillé, nos jambes sont parallèles.
 
2. Tes mots hésitants suivant un silence gêné sont adorables.
 
3. "Rappelle-moi !" "attends !"... ta façon d'exprimer ton amour est impérative.

 

© Revue du tanka francophone
 

 

Mayu
(Japon)

La Revue du tanka francophone
a reçu l'aimable autorisation de cette auteure
de publier ces textes dans notre revue.

 

Nobutsuna Sasaki

SASAKI Nobutsuna (1872-1963) 佐佐木 信綱

SASAKI Nobutsuna est né en 1872 dans ce qui est aujourd'hui la préfecture de Mie. Il est poète et un érudit du tanka.

Dans sa petite enfance, son père, Hirotsuna, lui apprend la poésie tanka ancienne et comment les écrire lui-même. Après avoir obtenu son diplôme en littérature classique de l'université impériale de Tokyo, il écoute son père et décide de consacrer sa vie à la poésie.

Avec MASAOKA Shiki et YOSANO Tekkan, il participe à un mouvement littéraire qui tente de révolutionner le style tanka.

En 1903, il publie son premier recueil de tanka "Omoigusa" et travaille avec son père à l’élaboration d’une étude complète sur le waka, ainsi qu’à un premier recueil de poésie japonaise « Manyoshu ».

En 1905, SASAKI devient maître de conférences à l'université impériale de Tokyo et le ministère de l'Éducation lui propose de réviser le « Manyoshu ».

SASAKI écrit également une sorte de manifeste qu’il appelle « Kokoro no Hana » afin de préparer une nouvelle génération de poètes, dont KAWADA Jun, KINOSHITA Rigen et KATAYAMA Hiroko.

Parmi ses recueils de poèmes, on peut citer « Shingetsu », « Tokiwagi » et « Yama to Mizu to ».

SASAKI meurt en 1963 à l'âge de 91 ans. Aucune traduction en français.



Nobutsana Sasaki

haru koko ni
umaruru asa no
hi o ukete
san-ka-sô-moku
mina hikari ari

ici le printemps
reçoit la lumière naissante du matin
le mont, la rivière,
les plantes,
tout brille

Publié dans l'anthologie du tanka japonais moderne, aux éditions du tanka francophone



YOSANO Tekkan

(1873 - 1935)
Yosano Tekkan

Tekkan Yosano (与謝野 鉄幹), de son vrai nom Hiroshi Yosano, né le 26 février 1873 à Kyoto et décédé à l'âge de 62 ans le 26 mars 1935 à Tokyo, est un écrivain et poète japonais.

Sa femme est la poétesse Yosano Akiko et son petit-fils est l'homme politique Yosano Kaoru.

Il est le fils d’un prêtre bouddhiste et est diplômé de l’Université de Keio.

Publié dans l'anthologie du tanka japonais moderne, aux éditions du tanka francophone



kurenai ni
sono kurenai o
touga goto
orokaya ware no
koi o togamuru


demande-t-on
à la couleur rouge pourquoi
elle est rouge ?
ridicule de me reprocher
mon amour pour elle

Yosano Akiko

Yosano Akiko

 (7 décembre 1878 - 29 mai 1942)


Une préface de Cheveux emmêlés, recueil de tanka de Yosano Akiko : en fichier pdf pour vos tablettes



Entends le poème !
Qui oserait nier le rouge
Des fleurs dans les champs ?
Savoureuse jeune fille
Coupable dans le printemps


La couleur pourpre,
A qui donc la raconter ?
Tremblements de sang,
Pensées émues de printemps,
En pleine floraison la vie !

Il est temps, je pars,
Et au revoir me dit-il
Ce dieu de la nuit
Dont la manche m’effleura,
Mes cheveux mouillés de larmes

Les cheveux dénoués
Dans la douceur de la pièce
Le parfum des lis
Je crains qu’ils ne disparaissent
Rouges pâles dans la nuit


D’un rouge profond
Les deux pétales de rose
Qui forment tes lèvres
Que tu ne chantes un poème
Sans parfum de noblesse !

Frêles d’apparence
Sont les fleurs de l’été
Mais rouges écarlates
Qui comme cet amour d’enfant
Rient au soleil de midi !

Court est le printemps,
Qu'y a-t-il dans la vie
Qui soit immortel?
Et j'autorisai sa main
Sur la rondeur de mes seins

Kôsho yori
tsukuri itonamu
dendô ni
ware mo kogane no
kugi hitotsu utsu

Sur ce sanctuaire
Que l’humanité bâtit
Depuis toujours, 
Je veux moi aussi planter
Un clou en or à mon tour 

Yawahada no
Atsuki chishio ni
Fure mo mide
Sabishi-karazu ya
Michi o toku kimi.

Sans vouloir toucher
La chaleur du sang rouge
Sous cette peau douce,
N'es-tu vraiment pas triste,
Ô toi qui prêches le Chemin.


Sono ko hatachi
Kushi ni nagaruru
Kurokami no
Ogori no haru no
Utsukushiki kana.

Âgée de vingt ans,
Qu'elle est fière de ses cheveux
Flottants sous la peigne.
Elle est naturellement belle,
Au printemps de la vie.


Mune no shimizu
Afure te tsui ni
Nigori keri
Kimi mo tsumi no ko
Ware mo tsumi no ko.

De mon cœur jaillit
De l'eau si pure qui, débordée,
Devient toute turbide.
Tu es un fils du péché,
Moi aussi, j'en suis une fille.

Aa satsuki
Furansu no no wa
Hi no iro su
Kimi mo kokuriko
Ware mo kokuriko.

Ô nous sommes en mai,
Ils sont de couleur du feu,
Les champs de la France.
Toi, tu es un coquelicot,
Un coquelicot, moi aussi.

Yoshiko Mikajima


Elle apprit le tanka avec les maîtres Akiko Yosano et
Akahiko Shimaki. Ses tankas décrivent avec réalisme sa vie
marquée par la maladie et la pauvreté.

Publié dans l'anthologie du tanka japonais moderne, aux éditions du tanka francophone
hito-hi nite
wakaruru ako no
hokorobi o
kitaru mama nite
tsukuroi-yareri


je dois te quitter mon enfant
déjà la fin de la journée
je raccommode
une décousure de kimono
sur toi sans même l’enlever



Hiroko Katayama (片山 広子); née le 10 février 1878 à Tolyo, décédée le 19 mars 1958, est une poétesse et traductrice japonaise.

Soue le nom Hiroko Katayama, elle appartient au groupe de poètes réunis autour de la revue Kokoro no hana de Nobutsana Sasaki  et publie trois recueils de poèmes tanka : Kawasemi (1916), Touka-setsu (1953) et No ni Sumite: Ka-shu (1954).

Publié dans l'anthologie du tanka japonais moderne, aux éditions du tanka francophone

tori no su no
naka yori aogu
kokochi shinu
wakaba no hima no
ito aoki sora

on dirait que je lève
les yeux
depuis un nid d’oiseau
à travers les jeunes feuillages
le ciel très bleu




ISHIKAWA Takuboku ( (石川 啄木 Ishikawa Takuboku) est le pseudonyme du poète japonais Hajime Ishikawa, né le 20 février 19986 et mort de la tuberculose le 13 avril 1912 à l'âge de vingt-six ans. Surnommé « le Rimbaud japonais » .

Celle qui la nuit dernière chantait au shamisen
dans son pays
s'était jeté à l'eau

***

Une pensée
semblable au sentiment
de socquettes sales qu'on remet

***

Elle attendait de me voir ivre
pour alors chuchoter
diverses choses tristes
Dans un vieux carnet ruge
restent écrits
le lieu et l'heure de notre rencontre

***

Cette femme qui pleurait dans ma chambre
était-elle souvenir d'un roman
ou de l'un de nos jours

***

Des paroles prononcées en feignat l'indifférence
furent écoutées de même
et c'est tout



KOIZUMI Chikashi (1886-1927) 古泉 千樫

 KOIZUMI Chikashi est le fils aîné d'une famille agricole située dans le village de Hosono.

Il est poète de l'école Araragi.

C’est alors qu’il n’a que treize ans, qu’il commence à publier ses tanka principalement pour des magazines tels que les "Shokokumin", "Kokoro-no-Hana" "Ashibi", "Yorozu-Choho» et le «Nippon».
Ses poèmes paraissent dans deux recueils : Kawa no hotori (1925) et Okulō no tsuchi (1928).

Jusqu'à présent, il n'y a pas de traduction française. 






Tsutomu Yamaguchi

Tsutomu Yamaguchi

Tsutomu Yamaguchi (山口 彊, Yamaguchi Tsutomu- est un Japonais né le 16 mars 1916 et mort le 4 janvier 2010 d'un cancer à l'estomac à l'âge de 93 ans.


Pour la première fois, il sera traduit en français pour ses tanka, grâce à  Makoto Kemmoku et Dominique Chipot :

"Le camphrier irradié" - tanka -
Editions du tanka francophone, 2013

Il est la seule personne reconnue comme ayant survécu aux deux bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki.

S'il a été reconnu hibakusha (« survivant de la bombe ») pour le bombardement de Nagasaki, le gouvernement japonais n'a reconnu que 64 ans plus tard, le 23 mars 2009, qu'il était également une victime de celui d'Hiroshima.

Publié aux éditions du tanka francophone






TERAYAMA Shūji
Il est né à Aomori en 1935. Il meurt le 4 mai 1983 à Tokyo des suites de sa maladie.



En 1954, il entre à l'Université de Waseda, mais tombe rapidement malade. Il souffre d’un syndrome néphrétique alors qu’il n’a que 19 ans. Il passe son temps libre à travailler sur ses propres poèmes et lit de nombreux classiques japonais et occidentaux. Il est particulièrement impressionné par « les Chants de Maldoror »  de Lautréamont.

À partir de 1959, il gagne sa vie en tant que scénariste à la télévision et au théâtre. En 1960, il épouse la productrice EIKO Kujo avec qui il forme la compagnie de théâtre « Tenjo Sajiki » en 1967.
Prolifique jusqu'à la fin, il publie près de 200 œuvres littéraires et réalise plus de 20 courts et longs métrages ainsi que de très nombreuses pièces de théâtre.

Nous n'avons pas d'oeuvres
poétiques traduites en français

Mitsuko Shiga (四賀光子

Née le 21 avril 1885 à Nagano et morte le 23 mars 1976 à Kamakura, est le nom de plume de la poétesse japonaise de tanka Mitsu Ota, active au cours des ères Taishō et Showa.

Tandis qu'elle enseigne auprès d'une école pour fille de Tokyo, elle seconde son mari dans la rédaction de son magazine littéraire fondé en 1915, Choon, y contribuant par des tanka et en aidant à son administration générale. À la mort de Ota en 1955, elle assume la responsabilité du magazine avec son fils, Ota Seikyu. De 1957 à 1965, elle est également responsable de la sélection des poèmes présentés pour la lecture de poésie du Nouvel An au palais impérial.

Elle publie de nombreuses anthologies de ses poèmes dont Fuji no Mi, Asa Tsuki, Asa Ginu et Kamakura Zakki. Elle publie également des guides pédagogiques d'aide à l'écriture de la poésie, dont Waka dokuhon (« Guide des vers waka ») et Dento to Gendai Waka (« waka modernes et traditionnels »).

Mitsuko et son mari s'installent à Kamakura, préfecture de Kanagawa en 1934, donnant à leur retraite le nom de « Yo-yo Sanso ». Ce qui devait être un séjour temporaire devient leur résidence permanente à partir de 1939. Après la mort de son mari en 1955, Shiga continue de vivre dans leur maison où elle décède en 1976. Sa tombe se trouve auprès de celle de son mari au Tōkei-ji à Kamakura, où se trouve un grand monument en pierre sur lequel se lit un de ses poèmes.




浪頭白くまき立て襲ひ来てそらもとどろに巌根かみ散る
Approaching whitecaps coil up
and crash over the reef to a thundering sky

昼月もそれかと見えて空碧く貿易風も秋づきて吹く
A midday moon in the azure sky?
Trade winds blow autumnally

ひらひらと貿易風にひるがへる木片あかるし何の花ぞも
Fluttered lightly in the trade wind
a tree shines in parts – What is that flower?

僻邑にさへ今は稀なる明治日本行くさきざきのホノルルに見る
Meiji Japan’s rusticity now disappears
yet it can be seen everywhere in Honolulu

一歩一歩探しもとめて慕ひゆかむ踏み拓かれし砂浜の御足跡
Step by step I follow in hope and admiration
your footprints that lead along the sandy beach


OHNO Michio
(1956 - )
Membre de Kokoro no hana [fleur du coeur] et membre de
rédaction de la revue, professeur de sociologie, lauréat du
Prix de la critique de tanka [Gendai Tanka Hyôronshô]. Il
exprime par le tanka sa vision personnelle du monde où
nous vivons.

OHNO Michio





jû rupî
go rupî ni rupî
ichi rupî
me-beri shite-yuku
ware no charitî


dix roupies,
cinq roupies
deux roupies et une roupie
en décroissant va
ma charité

Publié dans l'anthologie du tanka japonais moderne, aux éditions du tanka francophone


OKUDA Boyo
(1967 - )
Dépeint la souffrance et la folie des hommes d’aujourd’hui
dans ses tankas aux images poétiques.

OKUDA Boyo
yukkuri to
ten e nobotte
yuku gotoku
yuki wa furi-ori
genbaku rakka chûshin-chi


comme si elle remontait
vers le ciel tout doucement
la neige tombe
sur l’hypocentre
de l’explosion atomique

Publié dans l'anthologie du tanka japonais moderne, aux éditions du tanka francophone


Né à Yamaguchi en 1907 (l’an 40 de l’ère Meiji), décédé en 1937, Nakahara Chûya est une grande figure de la poésie japonaise du XXe siècle.
Mais avant de se tourner vers la poésie en vers libres, il était déjà un auteur confirmé de tanka (ou « poème court », forme de poésie traditionnelle en 31 mores, répartis en cinq segments métriques de 5-7-5 et 7-7 mores).

Waga kokoro ware nomi shiru ! to iishimama aki no nomichi ni hitori ware naku.

En me disant qu’il n’y a que moi qui connais mon cœur, Je pleure tout seul sur le sentier d’une prairie en automne.

Inochi naki ishi no kanashisa yo kereba korogari mata tomaru nomi.

La tristesse d’une pierre sans vie ; si je lui donne un coup de pied, Elle roule puis s’arrête, c’est tout.

Yononaka no ôku no baka no soshirigoto wasureenu ware inoru o shireri.

Moi, qui ne puis oublier les insultes des sots dans ce monde, je sais prier.

Ces tanka choisis pour le recueil Sugurono 1 (Brûlis) (YOSHIDA et al. 1922 : 19-20) publié en 1922 nous montrent que Chûya a déjà un goût prononcé pour la modernité. Il se détache des thèmes traditionnels du tanka, que sont les changements de la nature (ka-chô-fû-getsu, litt. « fleur-oiseau-vent-lune »), pour se livrer à une introspection qui met en lumière l’individu, le « moi ».
Nakahara Chûya
Shinobu Orikuchi 折口 信夫, 11 février 1887 - 3 septembre 1953, est un ethnologue, poète et romancier, spécialiste de la religion, de la langue et de la littérature japonaises. Comme poète, il a surtout écrit sous le nom de plume de Shaku Chōkū 釈 迢空.
Orikuchi Shinobu a débuté sa carrière avec des tanka et, grâce à la finesse de sa sensibilité et fort de ses acquis dans les études folkloriques, a atteint ce que l’on peut qualifier de sommet de la poésie tanka moderne avec la parution de son recueil expérimental intitulé Entre mer et montagne ( Umiyama no aida 海山のあひだ, 1925) qui repousse les limites de la versification.
Les fleurs de puéraire, piétinées, leur couleur est encore vive.
Sur cette sente de montagne, quelqu’un est passé.
葛の花 踏みしだかれて、色あたらし。この山道を行きし人あり

Hommes et chevaux, de fatigue, en chemin sont tombés.
Au fil des nuits passées en voyage : la ténuité de la vie.
人も 馬も 道ゆきつかれ死にゝけり。旅寝かさなるほどの かそけさ

Mon désir de voyage s’effrite.
Au bout de Shima, sur le cap d’Anori, j’aperçois la lueur d’un phare.
たびごゝろもろくなり来ぬ。志摩のはて、安乗の崎に、燈の明り見ゆ
Orikuchi