Kokinshu
kokin shû
LE KOKIN SHU - Kokin wakashū

kokin shû

Ki no Tsuraryuki

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Mise à jour : 22 novembre 2015

Le Kokin wakashū ou Kokinshū est un recueil de waka dont la création a été ordonnée par l’empereur Daigo en 905 pour marquer l'importance de la littérature japonaise. Ses compilateurs sont Ki no Tsurayuki, Ki no Tomonori, Ōshikōshi no Mitsune et Mibu no Tadamine.

Cette œuvre est composée de 1 111 waka, en vingt livres, représentant un siècle et demi de création poétique. Le Kokin waka (poésie japonaise)shū est considéré comme une référence de la poésie. La première moitié est anonyme. Vient ensuite la génération des six génies de la poésie (rokkasen) : Ōtomo Kuronushi, Ono no Komachi, Ariwara no Narihira, Hōshi, Sōjō Henjō, Bunya no Yasuhide.

Les thèmes:

- les saisons : printemps Livre 1 et 2), été (livre 3), automne (livre 4 et 5), hiver (livre 6)
- Félicitations (livres 7)
- Séparations (livre 8)
- Voyages (livre 9)
- Noms (livre 10)
- Amour (livre 11 à 15)
- Tristesse (livre 16)
- Divers (livres 17)
- Renoncements (livre 18), réparti comme suit :
(selon Jacqueline Pigeot, dans "Michiyuki-bun" itinéraire dans la littérature du Japon ancien, Editions Collège de France - Institut des Hautes Etudes Japonaise , diffusion De Boccard, ISBN 978-2-913217-21-8
  1. tristesse au spectacle de l'ukiyo (poèmes 933 - 941)
  2. mise en doute de la réalité de ce monde (poèmes 942 - 943)
  3. résignation au retrait (à la retraite) (poèmes 944 - 947)
  4. haine du monde et éloge de la retrait (poèmes 948 - 954)
  5. mais... attachement au monde (poèmes 955 - 956)
- Rythmes divers (livre 19)
- Poèmes du Haut Secrétariat de la Poésie (livre 20)

Préfaces importantes : une écrite en chinois par Ki no Yoshimochi et, pour la première fois, une en japonais, écrite par Ki no Tsurayuki.

Ces waka (poésie japonaise) se veulent être un moyen d'expression naturel capable de toucher tous les cœurs de tous les mondes (« La poésie du Yamato a pour racine le cœur humain, et pour feuilles des milliers de mots »).


Liste des poètes choisis comme extraits de cette compilation : tel que numéroté dans le kokin-shu


Abe No Kiyoyuki : 556

Abe no Nakamaro : 406

Ariwara no Motokata : 480

Ariwara no Muneyana : 243

Ariwara no Narihira : 294 - 365410 - 476 - 618 - 622646 - 747 - 861 -  962

Ariwara no Yukihira : 23962

Empereur Koko : 21 -

Fujiwara Nakahira : 748 - 1049 

Fujiwara no Kachion : 472

Fujiwara no Koremoto : : 860 -

Fujiwara no Okikaze : 103 -

Fujiwara no Tadafusa : 196 -

Fujiwara no Toshiyuki : 559 -  617 -

Fun.ya no Yasuhide : 249

Harumichi no Tsuraki : 303

Hyôe : 789

Inaba : 808

Ise : 31 - 43 - 44 - 61 - 68 - 138 - 676681733741756780791 - 810 - 920 - 926 - 968 - 990 - 1000 - 1051

Kakinomoto no Hitomaro : 409

Kan'In : 740

Ki no Tomonori : 13 - 38 - 84 - 153 - 563 - 565 - 633 - 661 - 684 - 827

Ki no Tsurayuki : 9  - 42 - 59 - 116 - 260297 - 380460 - 471475 - 579 - 587 - 589 - 606 - 804

Kisen Hôshi : 983 -

Komachi ga Ane (Sœur Aînée de Komachi) : 790

Mibu no  Tadamine : 263  478 - 566 - 586 - 601 - 625

Miharu no Aritsuke : 853

Minamoto no Masazumi : 12

Moine Sosei : 555 - 947

Nara no Mikado : 90

Ôé no Chisato : 193 -  577

Ono no Harukase : 653

Ono No Komachi : 113552553554557623635656657727782 –  797 - 822 - 938

Ono No Sadaki : 783

Ono no Takamura : 407 -

Ôshikôchi no Mitsune : 41 - 67 - 277 - 329 - 358481 - 580 - 611956 -

Sakano.ue no Korenori : 332 - 325

Sôjô Henjô : 292 - 771 - 8471016

Sosei Hôshi : 55 - 95691 -

Sugawara no Michizane : 272 - 420 -

Anonymes : 28 - 54 - 65 - 100 - 123 - 135 - 147 - 174 - 188 - 191 - 200 - 215 - 221 - 224283 - 284 - 287 -

                    318321334343 - 366 - 469 - 477 - 483484488 - 490491 - 492 - 495521 - 522 - 534535 - 543

                     647 - 650 - 689 -   690 - 708713 - 720 - 761 - 773 - 795 - 855 - 882 - 887 - 892 - 899905 - 933 - 942958 - 981982 -  

                    1058 - 10721077 - 1093 - 1097

                   

Kokinshû : extraits classés par numéros de poèmes

SAISONS / Livres 1 à 6

Poèmes 1 à 342


9
La brume se lève,
les bourgeons du printemps germent
et la neige tombe :
lors même dans les parages
sans fleurs des fleurs tourbillonnent

        Ki no Tsurayuki
Kasumi tachi
ko no me mo haru no
yuki  fureba
hana naki sato mo
hana zo chirikeru



12

Aux brises de la vallée
voici que la glace s'est mise à fondre,
par endroits :
sont-elles pas, ces ondes jaillissantes,
les premières fleurs du printemps ?

        Minamoto no Masazumi
Tani-kaze ni
tokuru kôri no
hima-goto ni
uchi-izuru nami ya
haru no hatsu-hana


13

Je donnerai
au vent pour compagne
la senteur des fleurs (de prunier)
et je les enverrai
convier la fauvette

    Ki no Tomonori
Hana no ka wo
kaze no tayori ni
taguete no
uguisu sasou
shirube ni wa yaru


21

C'est pour vous que dans
 la lande printanière je vais
cueillant ces jeunes pousses,
cependant que sur mes manches
tombent des flocons de neige

        L'empereur Koko
Kimi ga tame
haru no no ni idete
wakana tsumu
waga koromode ni
yuki ha furitsutsu
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


23
Fine est la trame
Du vêtement de brume
Que porte le printemps :
Le vent de la montagne
Le froissera sans doute

        Ariwara no Yukihira

Haru no kiru
Kasumi no koromo
Nuki wo usumi
Yama kaze ni koso
Midaruberanare



( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



28

Mille oiseaux gazouillent
c'est le printemps
bien que tout
se renouvelle
moi, je vieillis

        Anonyme
Momo-chi-dori
saezuru haru wa
mono-goto ni
aratamaredo mo
ware zo furi-yuku


31
Au printemps la brume
se lève alors qu'impassibles
vont les oies sauvages...
Seraient-elles donc habituées
à des parages sans fleurs ?

        Ise
Haru-gasumi
tatsu wo mi-sutete
yuku kari wa
hana naki sato ni
sumi ya naraeru



38
Si ce n'est à vous,
à qui l'envoyer,
cette fleur de prunier ?
et ses nuances et son parfum,
les peut sentir qui seul les sent !

        Ki no Tomonori
Kimi narade
tare nbi ka misen
ume no hana
iro wo mo ka wo mo
shiru hito zo shiru

41
Des nuits de printemps
Absurdes sont les ténèbres :
Alors que l'éclat
Des fleurs de prunier elles masquent,
Leur parfum, lui, le cachent-elles ?

        Ôshikôchi no Mitsune

Haru no yo no
Yami ha ayanashi
Mume no hana
Iro koso miene
Ka ya ha kakururu
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


42
De vous, certes,
J'ignore les sentiments
Mais dans ce hameau
Les fleurs, elles, exhalent bien
Le même parfum que jadis !

        Ki no Tsurayuki

Hito ha isa
Kokoro mo shirazu
Furusato ha
Hana zo mukashi no
Ka ni nihohikeru



( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


43
A chaque printemps
verrai le courant de l'onde
transformé en fleurs
et d'une eau qui ne se cueille,
hélas, mes manches trempées

        Ise
Haru-goto ni
nagaruru kawa wo
hana to mite
orarenu mizu ni
sode ya nurenan


44
D'année en année
l'eau se fait miroir des fleurs :
ne faudrait-il point
l'appeler poudre de brume
tout finit par se dissiper ?

        Ise
Toshi wo hete
hana no kagami to
naru mizu wa
chiri-kakaru wo ya
kumoru to yûran

53
En ce bas monde
S'il n'y avait aucune
Fleur de cerisier
Combien paisible on serait
Durant les jours de printemps

        Ariwara no Narihira

Yo no naka ni
Taete sakura no
Nakariseba
Haru no kokoro ha
Nodokekaramashi



( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



54

Sur les rochers si rapies,
pût ce torrent ne point couler !
là-bas, ces fleurs de cerisier,
de quelle joie j'en irais cueillir
pour ceux-là qui ne peuvent les voir!
       
        Anonyme
Ishi hashiru
taki naku mo gana
sakura-bana
ta-orite mo kon
minu hito no tame


55
Pouvons-nous nous contenter
de raconter
ce que nous vîmes
que chacun détache un rameau de cerisier
à rapporter en souvenir !
       
        Soseï
Mite nomi ya
Hito ni kataran
sakura - bana
Te - goto ni orite
Ie-zuto ni sen


59
Pouvons-nous nous contenter
de raconter
ce que nous vîmes
que chacun détache un rameau de cerisier
à rapporter en souvenir !
       
        Ki no Tsurayuki
Sakura-bana
sakinikerahi mo
ashihiki no
yama no kai yori
miyuru shira-kumo
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



61
Fleurs de cerisiers
même lorsque le printemps
se trouve allongé
pourrait-on s'imaginer
qu'un coeur fut lassé de vous ?

        Ise
Sakura-bana
haru kuwawareru
toshi dani mo
hito no kokoro ni
akare ya wa senu


65

Te briser pour t'emporter
serait trop grand'pitié vraiment,
fleur de cerisier :
plutôt, sous tes pétales couché,
jusqu'à ta chute t'admirer !

        Anonyme
Ori-toraba
oshi-ge ni mo aru ka
sakura-bana
iza yado karite
chiru made wa min

67
La personne qui
Pour voir les fleurs de cerisier
Vient à la maison,
Une fois qu'elles seront tombées
Sans doute me fera languir

Ôshikôchi no Mitsune
Waga yado no
Hana migatera ni
Kuru hito ha
Chirinamu nochi zo
Kohishikarubeki
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


68

Nul ne les regarde,
tout au fond de la montagne,
cerisiers en fleur...
Ah, s'ils pouvaient s'épanouir
quand d'autres seront envolés !

        Ise
Miru hito mo
naki yama-zato no
sakura-bana
hoka no chirinan
nichi zo sakamashi



84

En ce jour de printemps
Qui baigne la douce lumière
Du ciel éternel
Pourquoi les fleurs tombent-elles
Le coeur plein d'inquiétude ?

        Ki no Tomonori
Hisakata no
hikari nodokeki
haru no hi ni
shidzu kokoro naku
hana no chiruramu
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


90
Capitale abandonnée,
Ô Nara, vielle capitale,
capitale quand même :
puisque, couleur non changée
éternelles, les fleurs fleurissent

        Nara no Mikado
Furu-sato to
nariishi Nara no
miyako ni mo
iro wa kawarazu
hana wa sakikeri


95
Eh bien, aujourd'hui,
Dans la montagne printanière
Je vais m'enfoncer :
Si la nuit tombe, n'aurais-je point
Les fleurs pour abri ?

        Sosei

Iza kefu ha
Haru no yamabe ni
Majirinan
Kurenaba nage no
Hana no kage ka ha

( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


100
Je l'attendais,
il n'est point venu : à quoi bon,
quand le rossignol
y chantait, - cette branche fleurie,
hélas, l'avoir ainsi brisée !

        Anonyme
Matsu hito mo
konu mono yue ni
uguisu no
nakitsuru hana wo
oritekeru kana


103
Dans le brouillard
que ces montagnes de printemps
sont lointaines ! Et pourtant
le souffle qui en vient soufflant
m'apporte ici l'odeur des fleurs !

        Fujiwara no Okikaze
Kasumi tatsu
haru no yama-be wa
tôkeredo
fuki-kuru kaze wa
hana no ka zo suru

113
La splendeur des fleurs
Est passée, hélas, tandis
Qu'en vain j'ai veilli,
Pensive, le regard perdu,
Dans ces pluies interminables

        Ono no Komachi
Hana no iro ha
utsurinikeri na
itadzura ni
wagami yo ni furu
nagame seshi ma ni
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


116
Dans la lande du printemps,
pour cueillir de jeunes pousses
j'étais venu : mais
tant de fleurs tombant croisaient leur vol
que j'en ai perdu mon chemin !

        Ki no Tsurayuki
Haru no no ni
waka-na tsuman to
koshi mono wo
chiri-kô hana ni
michi wa madoinu

123
Kerrie,
sois discrète et ne fleuris point :
pour te voir en fleurs
celui-là même qui t'a plantée
ce soir encore ne vient pas !

        Anonyme
Yamabuki wa
aya na na saki so
hana min to
ueken kimi ga
koyoi konaku ni

135 
Chez moi,
sur l'étang, les souples glycines
ont fleuri ;
allons, coucou de la montagne,
qu'attends-tu pour y venir chanter?

        Anonyme
Waga yado no
ike no fuji-nami
sakinikeri
yama-hototogisu
itsu ka ki-nakan


138
A la quinte lune,
coucou, ton chant est usé
et même lassant...
Que ne nous est-il donné
de l'entendre avant son temps !

        Ise
Satsuki koba
naki mo furinan
hototogisu
madashiki hodo no
koe wo kikaba ya


147
Coucou,
des villages où tu chantes, il en est
tant et tant
que toujours je te trouve distant,
sans jamais cesser de t'aimer !

        Anonyme
Hototogisu
na ga naku sato no
amata areba
nao utomarenu
omou mono kara

153
En cette saison des pluies,
je reste à penser mes pensées...
Un coucou
dans la nuite s'enfonce et crie :
Coucou, dis-moi, où t'en vas-tu ?

        Ki no Tomonori
Samidare ni
mono-omoi oreba
hototogisu
yo-bukaku nakite
izuchi yukaran


174
Au royaume du soleil,
toi, de la Rivière du ciel
passeur,
écoute, quand mon amant aura passé,
je t'en supplier, cache ta rame!

        Anonyme
Hisakata no
ama no kamara no
watashi-mori
kimi watarinaba
kaji kakushite yo

188
Le lit de ma solitude
n'est point de brins d'herbes
fait : pourtant,
la nuit où s'annonce l'automne,
il est de rosée tout humide !

        Anonyme
Hitori nuru
toko wa kusa-ba ni
aranedo no
aki kuru yoi wa
tsuyukekarikeri

191
Hautes dans la blancheur des nuages,
aile sur aile, s'en vont
les oies sauvages :
et je les uis même compter,
cette nuit d'automne, sous la lune !

        Anonyme
Shira-kumo ni
hane uchi-kawashi
tobu kari no
kazu sae miyuru
aki no yo no tsuki

193
Quand je vois la lune
Ce sont mille et mille pensées
Tristes qui m'assaillent ;
Je sais pourtant que l'automne
N'est pas là pour moi tout seul

        Ôe no Chisato
Tsuki mireba
Chidji ni mono koso
Kanashikere
Wagami hitotsu no
Aki ni ha aranedo
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



196
Grillon,
cesse de te plaindre de la sorte :
à l'image de la nuit d'automne
s'il est des angoisses sans fin,
avant toi je les connais !

        Fujiwara no Tadafusa
Kirigirisu
itaku na naki so
aki no yo no
nagaki omoi wa
ware zo masareru

200
Est-ce après vous qu'elle soupire,
la fougère qui rend désolé
notre vieux village ; -
après vous qu'il crie, le grillon
qui vous espère à voix si triste !

        Anonyme
Kimi shinobu
kusa ni yatsururu
furu-sato wa
matsumushi no ne zo
kanashikarikeru

215
Dans la montagne profonde,
Le cerf qui brame, écarte et foule
les feuilles rougies :
Lorsque j'entends sa plainte
Que l'automne me semble triste !

        Anonyme
Oku yama ni
momidji fumiwake
naku shika no
kowe kiku toki
aki ha kanashiki
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


221
Sont-ce des larmes versées
Par les oies sauvages qui
passent en criant
Cette rosée sur les lespédèzes
De la demeure où je languis ?

        Anonyme
Naki wataru
Kaki no namida ya
Ochitsuramu
Mono omofu yado no
Hagi no uhe no tsuyu

( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


224
Dans la petite lande
Les fleurs de lespédèze sont
Sans doute tombées ;
Dût la rosée me mouiller, j'y vais,
Même si la nuit est déjà noire !

        Anonyme
Hagi ga hana
Chiruramu womo no
Tsuyu shimo ni
Nurete wo yukan
Sayo ha fukutomo


( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



243
Les fleurs de la lande
d'automne ont-elles des manches ?
car les linaigrettes
aux épis avenants semblent
engager à la rencontre

        Ariwara no Muneyana
Aki no no
kusa no tamoto ka
hana-susuki
ho ni idete maneku
sode to miyuran

249
A peine souffle-t-il,
Herbes et arbres d'automne
Tous se dessèchent :
Voilà donc pourquoi l'on nomme
"Tourmente" le vent des monts

        Fun.ya no Yasuhide
Fuku kara ni
Aki no kusa ki no
Shihorureba
Mube yama kaze wo
Arashi to ifuramu


260
Sur le mont Moru
Rosée blanche et ondées
Péntrent à tel point
Que toutes les feuilles, même les plus basses
Sont à présent colorées !

        Ki no Tsurayuki
Shira tsuyu mo
Shigure mo itaku
Moru yama ha
Shitaba nokorazu
Irodzukinikeri



263
Il pleut ; c'est pourquoi
du Mont de Kasatori
les feuillages pourpres
sur la manche des passants
mettent des reflets

        Mibu no Tadamine
Ame fureba
kasatoriyama no
momiji-ba wa
yuki-kô hito no
sode sae zo teru
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


272
Ces chysanthèmes blancs
Sur la plage de Fukiage
Où se lève le vent d'automne,
Sont-ce vraiment des fleurs ou
Des vagues qui s'approchent ?

        Sugawara no Michizane
Aki kaze no
Fukiage ni tateru
Shiragiku ha
Hana ka aranu ka
Nami no yosuru ka


( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



277
Si l'on veut en cueillir
A tâton nous le ferons :
La prime gelée
S'est posée ; avec elle se confondent
Les fleurs des chrysanthèmes blancs

        Ôshikôchi no Mitsune
Kokoro-ate ni
oraba ya oran
hatsu-shimo no
oki-madowaseru
shira-giku no hana

( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

283
Rivière Tatsuta
dont le cours semble charrier
un tourbillon de feuilles pourpres
si ont la franchit, déchira - t- on
par le milieu ce brocart ?


        Anonyme
Tatsutagawa
momiji midarete
nagarumeri
wataraba nishiki
naka ya taenan


284
La rivière Tatsuta
Charrie des feuilles rougies :
C'est sans doute que
Sur les monts Mimuro où vivent les dieux
S'abattent les ondées d'automne


        Anonyme
Tatsutagaha
Momidjiba nagaru
Kamunabi no
Mimuro no yama ni
Shigure fururashi

( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


287
L'automne est bien là
Et les feuilles rougies tombées
Couvrent mon jardin ;
Personne ne me rend visite
En sy frayant un chemin


        Anonyme
Aki ha kinu
Momidji ha yado ni
Furishikinu
Michi fumi wakete
Tofu hito ha nashi



( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



292
Le misérable
a choisi pour s'abriter
un dernier arbre :
mais le privant d'une dernière ombre
les feuilles jaunies sont tombées !

        Sôjô Henjô
Wabi-bito no
wakite tachi-yoru
ko no moto wa
tanomu kage naku
momiji chirikeri


294
Fait inouï même
Au temps fabuleux des dieux :
La rivière Tatsuta
Teinte ses eaux de motifs
D'un écarlate profond


        Ariwara no Narihira

Chihayaburu
Kamiyo mo kikazu
Tatsuta-gaha
Karakurenawi ni
Midzu kukuru toha




( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



297
Les feuillages rougis
Tombés dans la montagne profonde
Ignorés de tous
Sont un somptueux brocart
Que l'on porterait la nuit

        Ki no Tsuruayuki
Miru hito mo
Nakute chirinuru
Oku yama no
Momidji ha yoru no
Nishiki narikeri

( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

303
Le barrage que
Sur la rivière de montagne
Le vent a dressé
Est fait de feuilles rougies
Que le courant n'a pu charrier !

       Harumichi no Tsuraki
Yamagaha ni
Kaze no kaketaru
Shigarami ha
Nagare mo ahenu
Momidji narikeri


( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

318
Que tombe sans cesse
A partir de maintenant
Cette neige blanche
Qui de son poids fait ployer
Les miscanthes de mon jardin !

       Anonyme
Ima yori ha
Tsugite furanamu
Waga yado no
Susuki Woshinami
Fureru shirayuki


( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


321
L'antique cité
Se trouve à proximité
Des monts de Yoshino :
Aussi, pas un jour ne passe
Sans que tombe la neige

       Anonyme

Furusato ha
Yoshino no yama shi
Chikakereba
Hito hi mo miyuki
Furanu hi ha nashi



( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



325
La neige immaculée
Sur les monts du beau Yoshino
Doit s'accumuler :
Dans l'antique capitale
Le froid s'est fait plus perçant

        Sakano.ue no Korenori
Mi-Yoshino no
Yama no shira yuki
Tsumoru rashi
Furusato samuku
Narimasaru nari

( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



329
La neige tombe, et
personne ne passe
sur le chemin :
suis-je pas ce chemin sans traces,
moi qui m'enfonce en ma tristesse?

        Ôshikôchi no Mitsune
Yuki furite
hito mo kayowanu
michi nare ya
ato-haka mo naku
omoi-kiyuran


332
Dans le jour naissant
Semble luire la lune de l'aube
Tant il est tombé
De neige immaculée sur
Cet hameau de Yoshino

        Sakanoe no Korenori
Asaborake
ariake no tsuki to
miru made ni
Yoshino no sato ni
fureru shirayuki
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

334
Les fleurs de prunier,
On ne peut les distinguer,
Car partout tombe
Une neige dont les flocons
Brouillent le ciel immense

         Anonyme

Mume no hana
Sore tomo miezu
Hisakata no
Amagiru yuki no
Nabete furereba

( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


FELICITATIONS  / Livre 7

Poèmes 343 à 364

343
Vous que j'aime, puissiez-vous
mille, huit mille années durer ; - ou mieux
jusqu'à ce que les graviers
se fassent rochers ; - ou mieux, jusqu'à ce que
sur ces rochers la mousse croisse !

        Anonyme
Waga kimi wa
chi-yo ni yachi-yo ni
sazare-ishi no
iwao to narite
koke no musu made

358
Hautes sont les cimes,
Et vers les nués je vois
Les fleurs de cerisier :
Pas un jour ne s'écoule
Sans qu'en pensée j'aille en cueillir

        Ôshikôchi no Mitsune
mais attribué à Sosei dans l'anthologie
Waga kimi wa
chi-yo ni yachi-yo ni
sazare-ishi no
iwao to narite
koke no musu made
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


SEPARATIONS / Livre 8

Poèmes 365 à 405

365
Si à mon départ
Vous me dites : "Je vous attends"
Tel le pin qui pousse
Au sommet du mont Inaba
Tout de suite je reviendrai

        Ariwara no Yukihira
Tachi wakare
Inaba no yama no
Mine ni ofuru
Matsu to shi kikaba
Ima kaheri komu

( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


366

Au bourdonnement des frelons
d'automne sur le sainfoin de la plaine
dans le matin vous partez
pour ce voyage : moi, je vous attends
ne pensant qu'à votre retour !

        Anonyme
Sugaru naku
aki no hagi-wara
asa tachite
tabi uku hito wo
itsu to ka matan

380
Si la vie était
Chose que le coeur pouvait à
Son gré gouverner
Notre séparation
Serait-elle si triste ?

       Ki no Tsurayuki
Shira kumo no
Yahe ni kasanaru
Wochi nite mo
Omohamu hito ni
Kokoro hedatsu na


( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



387
Si la vie était
Chose que le coeur pouvait à
Son gré gouverner
Notre séparation
Serait-elle si triste ?

       Shirome, courtisane
Sugaru naku
aki no hagi-wara
asa tachite
tabi uku hito wo
itsu to ka matan
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)




VOYAGES / Livre 9
Poèmes 406 à 421

406
Elevant les yeux
J'observe la plaine céleste :
Ah ! Cette lune !
C'est elle qui à Kasuga
Brillait sur le mont Mikasa...

Abe no Nakamaro
Ama no hara
Furisake mireba
Kasuga naru
Mikasa no yama ni
Ideshi tsuki kamo
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

407
Que dans la plaine marine
Vers les îles innombrables
Je m'en vais voguant
Va donc le lui transmettre
Ô toi, barque du pêcheur !

Ono no Takamura

Wata no hara
yaso shima kakete
kogi idenu to
Hito ni ha tsugeyo
Ama no tsuribune
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



409
Pointe à peine le jour
Et dans la brume de l'aube
Sur la baie d'Akashi
Le bateau qu'une île va cacher
Profondément me touche

        Kakinomoto no Hitomaro
Honobono to
Akashi no ura no
asagiri ni
shimagakure yuku
fune wo shizo omofu
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


410
Comme un beau vêtement
auquel on s'est attaché en le portant
j'ai une femme
dans ce voyage qui m'a amené si loin
je pense à elle avec regrêts

    Ariwara no Nahihira
Kara-goromo
ki-tsutsu narenishi
tsuma shi areba
haru-baru kinuru
tabi wo shi zo omou

420
Pour cette fois
Que les dieux veuillent bien agréer
En guise de don
Sur le mont aux offrandes
Un brocart de feuilles rougies

    Sugawara no Michizane
Kono tabi ha
Nusa mo toriahezu
Tamuke yama
Momidji no nishiki
Kami no mani mani

( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



NOMS / Livre 10
Poèmes 422 à 468

459


On dirait des fleurs
ces vagues venues du large
s'égayer vers nous à Karasaki.
Le printemps dessus les flots
n'est-il donc que vent éclos ?

        Ise

Nami no hana
oki kara sakite
chiri-kumeri
mizu no haru to wa
kase ya naruran


460
A des baies noires jusqu'ici
pareils mes cheveux auraient-ils
changé de couleur ?
Voici qu'au reflet du miroir
est tombée la neige blanche

        Ki no Tsurayuki
Uba-tama no
xwaga kuro-kami ya
kawaruran
kagami no kage ni
fureru shira-yuki

AMOUR / Livres 11 à 15
Poèmes 469 à 828



469

Chant triste
du coucou,
Iris du début d'été,
sans savoir pourquoi
me voici amoureux.
        Anonyme
hototogisu
naku ya satsuki no
ayamegusa
aya-me mo shiranu
koi mo suru kana


471
Aussi vite que
Les eaux de la Yoshino
Vont se brisant en
Hautes vagues sur les roches,
Je me suis épris d'elle

    Ki no Tsurayuki

Yoshinogaha
Ihanami takaku
Yuku midzu no
Hayaku zo hito wo
Omohi somete shi



( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


472

Là-bas
où se perd l'écume des vagues,
le navire, lui au moins, va
selon le vent
qui le guide.

    Fujiwara no Kachion
Shira-nami no
ato naki kata ni
yuku fune mo
kaze zo tayori no
shirube narikeru

475

Ah ! Notre monde
est fait ainsi,
comme le vent qui souffle
mes yeux ne vous voient pas.
De vous je languis

    Ki no Tsurayuki
Yo no naka wa
kaku koso arikere
fuku kaze no
me ni minu hito mo
koishikarikeri




476
Je l'ai bien aperçue,
mais je ne l'ai pas vue
mon aimée,
aussi aujourd'hui sans but
ai-je vécu, perdu dans mes pensées.

    Ariwara no Narihira
Mizu mo arazu
mi mo senu hito no
koisikuba
aya naku kyô ya
nagame-kurasan



477

Me voir ou ne pas me voir,
n'est-ce pas sans raison
s'interroger ?
Votre sentiment seul
sera votre guide.

    Anonyme
Shiru shiranu
nani ka aya naku
wakite iwan
omoi nomi koso
shirube narikere


478

Par la plaine Kasuga,
emmi la neige fondue
naissant,
un brin d'herbe : à peine, ainsi,
vous ai-je entrevue, ce matin !

        Mifu no Tadamine
Kasugano no
yuki-ma wo wakete
oi-de-kuru
kusa no hatsuka ni
mieshi kimi wamo


480
Mes sentiments, certes,
ne sont pas des messagers,
pourtant, comme c'est merveilleux,
ils ont conduit
mon cœur auprès de vous.

    Ariwara no Motokata
Tayori ni mo
aranu omoi no
ayashiki wa
kokoro wo hito ni
tsukuru narikeri




481

La première oie sauvage,
j'ai faiblement perçu son cri :
et depuis,
il n'est que le ciel vers quoi
puisse s'en aller mon désir !

        Ôshikôchi no Mitsune
Hatsu-kari no
hatsuka ni koe wo
kikishi yori
naka-zora ni nomi
mono omou kana


483
Ce fils ici,  à
Celui-là je le tresse :
Si je ne les assemble
Que pourrai-je utiliser
Comme cordon pour mon joyau ?

        Anonyme

Kata ito wo
Konata kanata ni
Yorikakete
Ahazu ha nani wo
Tama no wo ni semu



( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)
   


484
Au crépuscule
Vers les confins des nuages
Vont mes pensers,
Car il vit au firmament
Celui qu'en mon coeur j'aime

        Anonyme
Yufugure ha
Kumo no hatate ni
Mono zo omofu
Amatsu sora naru
Hito wo kofu tote


( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



488
Mon amour pour vous
N'a comblé, semble-t-il, que
Le vide du ciel :
J'ai beau y penser encore
Cela ne mène nulle part

        Anonyme
Waga kohi ha
Munashiki sora ni
Michinurashi
Omohi yaredomo
Yuku kata mo nashi

( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


490
Aussi persistant
Que les aiguilles du pin sur
La colline baignée
Par l'éclat de la lune du soir
Est l'amour que je ressens

        Anonyme
Yufudzuku yo
Sasu ya wokabe no
Matsu no ha no
Itsu tomo wakanu
Koshi mo suru kana


( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



491
Comme l'eau
en bas de la montagne
couverte par les arbres,
mon cœur bat violemment
et n'arrive plus à se calmer.

    Anonyme
Ashihiki no
yama-shita-mizu no
ko-gakurete
tagitsu kokoro wo
seki zo kanetsuru

492
Rivière de Yoshino :
coupant à travers les rocs
l'eau coule à grand bruit :
de bruit je n'en ferai point,
dussé-je mourir d'amour

    Anonyme
Yoshinogawa
iwa kiri-tôshi
yuku mizu no
oto ni wa tateji
koi wa shinu to mo

495
Quand je pense à vous,
- Discrète Azalée des roches
du mont Tokiwa - ,
A qui je ne dis mon amour,
Oh ! Combien vous me manquez !

        Anonyme
Omohi idzuru
Tokiha no yama no
Ihatsutsuji
Ihaneba koso are
Kohishiki mono wo
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


521

Vous qui laissez
mon amour sans réponse, sachez
que l'écho même
de la montagne a répondu
aux soupirs que je sanglote !

        Anonyme
Tsure mo naki
hito wo kou to te
yamabiko no
kotae suru made
nagekitsuru kana

522

Sur l'eau qui fuit
écrire est vain ; mais
combien plus vain
d'offrir à qui ne vous aime
son amour inquiet !

        Anonyme
Yuku mizu ni
kazu kaku yori mo
hakanaki wa
omowanu hito wo
omou narikeri

534

Sans que nul le sache
j'entretiens sans cesse
de brûlants pensers ; du pays de Sugura
le Mont Fuji :
voilà mon destin

        Anonyme
Hito shirenu
omoch wo tsune ni
Suruga naru
Fufi no yama koso
waga mi narikere

535


Nul chant d'oiseau
ne s'y fait entendre
profonde est la montagne
ainsi le fond de mon coeur
Ah ! s'il le pouvait connaître !

    Anonyme
Tobu tori no
koe mo kikoenu
oku-yama no
fukaki kokoro wo
hito wa shiranan


543
Depuis l'aube,
comme la cigale, sans cesse, je passe
le jour à pleurer ;
et la nuit, comme la luciole,
c'est à brûler que je a veille !

        Anonyme
Ake-tateba
semi no ori-hae
naki-kurashi
yoru wa hotaru no
moe koso watare


547


Dans les champs d'automne
les épis sont moins discrets
que mon amour mais
celle qui est dans mon coeur
jamais ne peux l'oublier

              Anonyme 
Aki no ta no
ho ni koso hito wo
koizarame
nado ka kokoro ni
wasureshi mo sen

552


Je pensais tant à lui, sans doute,
qu'en mon sommeil son image
m'est apparue :
si j'avais su que c'était un rêve,
jamais ne ne me fusse réveillée !

        Ono No Komachi

Omoi-tsutsu
nureba ya hito no
mietsuran
yume to shiriseba
samezaramashi wo

553

Tout en languissant
je me suis endormie.
Mon aimé est alors apparu.
S'agissait-il d'un rêve ?
Puissé-je ne pas être éveillée !

        Ono No Komachi

omohitsutsu
nureba ya hito no
mietsuran
yume to shiriseba
samezaramashi wo

554

Las, tant me torturent
les cruautés du désir
que de la nuit d'encre
m'en vais retourner la robe
et vitement la passer

        Ono No Komachi

Ito semete
koishiki toki wa
uba-tama no
yono no koromo wo
kaeshite zeo kiru

555
Vent d'automne,
comme il fait froid dans nos corps,
j'attends que vienne
celle qui m'ignore,
tout au long des nuits.

    Moine Sosei
Aki kaze
mi ni samukereba
tsure mo naki
hito wo zo tanomu
kururu yo-goto ni


556

Même recouvertes
de ma manche coulent coulent
les perles brillantes -
l'absence d'un être cher
fait jaillir un flot de larmes

        Abe No Kiyoyuki

tsutsumedomo
sode ni tamarunu
Shiratama ha
hito wo minu me no
namida narikeri


557
Elles sont bien ordinaires
ces larmes sur votre manche
pareilles à des bijoux,
Alors que moi, tel un torrent agité,
rien ne peut me clamer

        Ono No Komachi

oroka naru
namida zo sode ni
tama ha nasu
ware ha sekiahezu
tagitsuse nareba

559
Les vagues s'approchent
De la baie de Sumiyoshi -
Même la nuit
Sur le chemin des rêves
Craignez-vous donc d'être vue ?

        Fujiwara no Toshiuyki

Sumiyoshi no
Kishi ni yoru nami
Yoru sahe ya
Yume no kayohidji
Hito me yokuramu
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



563
Alors que je dors seule,
mes manches
sont bien plus froides
que le givre posé
sur les feuilles de bambou.

    Ki no Tomonori
Sasa no ha ni
oku shimo yori mo
hitori nuru
wa ga koromode zo
sae-masarikeru


565
Tout au fond de la rivière,
les algues se font ployant,
et se cachent :
ainsi, à son insu,
à part moi, je l'aime!

        Ki no Tomonori

Kawa no se ni
nabiku tama-mo no
mi-gakurete
hito ni shirarenu
koi mo suru kana

566
Le ciel s'assombrit.
La neige qui tombe,
elle aussi,
peut-elle faire disparaître
cette heure tourmentée ?

    Mifu no Tadamine
Kaki-kurashi
furu shira-yuki no
shita-gie ni
kiete mono-omou
koro ni mo aru kana



577
J'ai tant crié, tant pleuré,
que les pleurs m'ont toute mouillée :
- à la pluie de printemps,
j'ai, voyez, mouillé mes deux manches!
répondrai-je si l'on m'interroge

        Ôé no Chisato

Ne ni nakite
hijinishikado mo
haru-same ni
nurenishi sode to
towaba kotaen

579
Montagne en début d'été,
le coucou
au sommet des arbres
chante dans le ciel
comme le fait mon amour.

    Ki no Tsurayuki
Satsuki yama
kozuwe wo takami
hototogisu
naku ne sora naru
kohi mo suru ka na

580
Mon cœur
est comme le ciel
couvert du brouillard d'automne
qui ne se lève jamais.
Je ne puis penser.

    Ôshikôchi no Mitsune
Akigiri no
haruru toki naki
kokoro ni wa
tachi-i no sora mo
omohoenaku ni



586
Dans le vent d'automne,
le koto dont on joue...
Mais à cette seule voix,
sans raison, pourquoi de la sorte
brûler d'amour ?

        Mifu no Tadamine

Aki-kaze ni
kaki-nasu koto no
koe ni sae
hakanaku hito no
koishikaruran


587
Voici la moisson du riz sauvage
dans les marais de Yodo.
Après la pluie,
plus que d'habitude,
déborde mon amour.

    Ki no Tsurayuki
Makomo karu
yodo no sawa-mizu
ame fureba
tsune yori koto ni
masaru waga koi



589
Goutte de rosée, -
à peine ai-je sur une corolle
posé mon coeur,
qu'au moindre souffle du vent
déjà je souffre !

        Ki no Tsurayuki

Tsuyu narunu
kokoro wo hana ni
oki-somete
kaze fuku goto ni
mono-omoi zo tsuku


601
Lorsque le vent souffle,
les nuages blancs
s'éloignent des sommets.
Ne sont-ils pas
aussi froids que votre cœur ?

    Mifu no Tadamine
Kaze fukeba
mine ni wakaruru
shira-kumo no
taete tsurenaki
kimi ga kokoro ka




606
Vous ne savez pas
quels sont mes sentiments.
Que je suis misérable
moi, qui seul connais
mon chagrin !

    Ki no Tsurayuki
Hito shirenu
omoi nomi koso
wabishikere
waga nageki wo ba
ware nomi zo shiru



611
De cet amour mien
J'ignore le devenir et
Ce que sera l'issue -
Pour lors, je n'aspre qu'à
Pouvoir enfin la rencontrer !


    Ôshikôchi no Mitsune
Waga kohi na
Yukuwe mo shirazu
Hate mo nashi
Afu wo kagiri to
Omofu bakari so
(Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)



617
Quel tourment !
La rivière de larmes
plus forte que la pluie
à elle seule mouille ma manche
et je ne sais comment aller à votre rencontre

    Fujiwara no Toshiyuki
Tsurezure no
nagame ni masuru
namida gawa
sode nomi nurete
au yoshi mo nashi





618
En surface seulement
votre manche est-elle mouillée ?
Si j'entendais votre corps s'écouler
dans une rivière de larmes,
alors je pourrais vous faire confiance.

Ariwara no Narihira
Asami koso
sode wa hisurame
namida-gawa
mi sae nagaru to
kikaba tanoman




622
Rentré cette nuit sans vous voir
Les larmes ont trempé ma manche
Plus encore que la rosée du matin
Où je m'en retournais, écartant
Les bambous nains dans la lande d'automne

        Ariwara no Narihira

Aki no no ni
Sasa wakeshi asa no
Sode yori mo
Ahade koshi yo zo
Hichimasarikeru


(Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

623

Rive privée d'algues,
ainsi est mon cœur aride :
ne le sait-il pas,
le pêcheur qui sans relâche
arpente à douleur la grève ?

        Ono No Komachi

Mirume naki
waga mi wo ura to
shirtaneba ya
karenade ama no
ashi tayuku kuru

625

Autant que la lune de l'aube,
elle me fut froide : et depuis
que je l'ai quittée,
l'aube est la chose au monde
que mes yeux sachent de plus triste !

        Mibu no Tadamine

Ariake no
tsurenaku mieshi
wakare yori
akatsuki bakari
uki mono ha nashi

633

Je souffre en silence
car je languis de vous.
depuis le pied de la montagne
comme la lune
je sors et je viens

    Ki no Tsurayuki
Shinoburedo
koishiki toki wa
ashihiki no
yama yori tsuki no
idete koso kure

635

Aux nuits de l'automne
on prête un renom trompeur
mais un doux commerce
dissipe à néant ce dire
car trop tôt l'aurore est là

        Ono No Komachi

Aki no yo mo
na nomi narikeri
au to ieba
koto zo to mo naku
akenuru mono wo

646

Au fond noir
des ténèbres de l'amour
je me suis perdu :
rêve ou vérité
dites-le, mortels, si vous le pouvez !

        Ariwara no Narihira

Kaki-kurasu
kokoro no yami ni
madoiniki
yume utsutsu to wa
yo-hito sadame yo

647

Notre union furtive
Dans l'obscurité noir myrtiklle
Ne surpassait guère
Ces rencontres qu'en rêve
Si clairement j'avais vues

        Anonyme

Mubatama no
Yami no utsutsu ha
Sadakanaru
Yume ni ikuramo
Masarazarikeri
(Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

650
Pensiez-vous donc
Lors de notre première rencontre :
"Que ferons-nous quand
Dans le gué du Renom acquis
Les troncs enfouis apparaîtront ?"

        Anonyme

Natorigaha
Seze no mumoregi
Arahareba
Ikani semu toka
Ahi misomeken



(Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


653


Si comme un épi
de linaigrette au grand jour
étalais mon coeur
mon nom en serait défait
autant que robe délié

        Ono no Harukase

hana-susuki
ho ni idete koiba
na wo oshimi
shita yuu himo no
musuboore-tsutsu

656

Qu'en réalité
il dût en être ainsi, soit ;
mais jusques en rêve
se dérober aux regards,
ah, que cela me chagrine !

        Ono No Komachi

Utsutsu ni wa
sa mo koso arame
yume ni sae
hito-me wo moru to
miru ga wabishisa

657

Guidée par l'ardeur
constante de cette flamme
à la nuit j'irai
jusque sur la voie des rêves -
qui pourrait m'en chercher noise ?

        Ono No Komachi

Kagiri naki
omoi no mama ni
yoru mo kon
yume-ji wo sae ni
hito wa togameji


658

Sur la voie des rêves
sans me donner de répit
j'ai bien cheminé
mais un seul instant réel
n'a duré notre entrevue

        Ono No Komachi

Yume-ji ni wa
ashi mo yasumezu
kayoedo mo
utsutsu ni hito-me
mishi goto wa arazu

661

Comme je ne veux pas
laisser paraître les rougeurs de ma passion,
en bas du marais caché,
je vais et viens,
alors que je meurs d'amour.

    Ki no Tomonori
Kurenai no
iro ni wa ideji
kakure-nu no
shita ni kayoite
koi wa shinu to mo




676


Indiscret on le dit :
de chevet m'étais passée
pour me reposer -
mais poudre aux cieux la rumeur
montera n'en doutons pas

        Ise

Shiru to ieba
makura dani sede
neshi mono wo
chiri naranu a no
sora ni tatsuran

681


Ne fût-ce qu'en songe
à sa vue ne veux paraître
car d'aurore en aurore
au reflet de mon visage
la honte vient me confondre

        Ise

Yume ni damo
miyu to wa mieji
asan-asana
waga omokage ni
hazuru mi nareba

684

Je contemple sans lassitude
les fleurs de cerisier
des montagnes perdues
dans le brouillard du printemps.
Ne ferais-je pas de même pour vous ?

    Ki no Tomonori
Haru-gasumi
tanabiku yama no
sakura bana
miredo mo akanu
kimi ni mo aru kana




689
Seule sur la natte
Sa robe pour couverture
M'attendra-t-elle donc
Encore en cette nuit
La dame du pont d'Uji ?

    Anonyme
Samushiro ni
Koromo katashiki
Koyohi mo ya
Ware wo matsuran
Udji no hashi hime


(Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


690

Je me disais : viendra-t-il vers moi,
ou irai-je, moi, le retrouver ?
 Et si j'étais incertaine
que, ma porte, je me suis couchée
sans la fermer !

      Anonyme

Kimi ya kon
ware ya yukan no
isayoi ni
maki no ita-do mo
sasazu nenikeri

691

- Je viens ! avait-elle dit.
Et c'est pour cette seule parole
qu'en ce mois aux Longues Nuits,
jusqu'à la lune de l'aube
je l'ai vainement attendue !

   Sosei Hôshi

Ima komu to
Ihshi bakari ni
nagatsuki no
ariake no tsuki wo
machi-idetsuru kana
(Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

708


Le pêcheur de Suma
grille son sel : et la fumée
au vent violent
dans un sens inattendu
s'en est allée traînant !

   Anonyme

Suma no ama no
shio yaku keburi
kaze wo itami
omowanu kata ni
tanabikinikeri

713


J'ai beau me dire
que c'est mensonge
à qui d'autre
désormais pourrais-je
accorder créance

    Anonyme

Itsuwari to
omou mono kara
ima-sara ni
ta ga makoto wo ka
ware wa tanoman


720


Si la rivière Asuka
qui sans cesse coule
arrêtait sa course
ne penserai-on pas
qu'elle cache un haut fond (kokoro) ?

       Anonyme

Taezu yuku
Asuka no kawa no
Yodominaba
kokoro ari to ya
hito no omowan

727


Les pêcheurs qui vivent
en ce lieu certes pour guide
ne me reconnaissent
mais contemplant le rivage
d'aucuns parlent de rancœur

        Ono No Komachi

Ama no sumu
sato no shitrube ni
aranedo mo
ura min to nomi
hito no yûran


729
Mon cœur, au début sans passion,
s'est empli
de mon aimée.
Elle qui doutait
que mon sentiment puisse s'éveiller.

    Ki no Tsurayuki
Iro mo naki
kokoro wo hito ni
someshi yori
utsurowan to wa
omohenaku ni


733


Des dieux de la mer
l'ire a dévasté ma couche :
une fois encore
si l'effleurait cette manche
brève écume deviendrait

        Ise

Watatsumi no
arenishi toko wo
ima-sara ni
harawaba sode ya
awa to ukinan

740


Au mont des Rencontres
si j'étais coq-aux-torsades,
s'en aille ou revienne
mon Seigneur, à cette vue
chant et pleurs lors s'uniraient

        Kan'In

Ôsaka no
Yûtsukedori ni
araba koso
kimi ga yuki-ki wo
naku-naku mo mime


741


Suranné vestige
assurément ne peut être -
or à mon endroit
certain dépolit son cœur
au rugueux des ans, me semble

        Ise

Furu-sato ni
arun mono kara
waga tame ni
hito no kokoro no
arete miyuran

747

Oui, c'est bien la même lune
et ce printemps est bien de jadis
le printemps :
mais en moi il n'st plus que le corps
qui soit encore le corps d'antan...

   Ariwara no Narihira

Tsuki ya aranu
haru ya mukashi no
aru naranu
waga mi hitotsu wa
moto no mi ni shite

748


Fleur de linaigrette
avec moi profondément
liée en confliance - 
maintenant l'épi mûri
s'est attaché à un autre

        Fujiwara no Nakahira
Hana-susuki
ware koso shita ni
omoishi ka
ho ni dete hito ni
musubarenikeri

756


Souvent je vous ai rencontré,
et en ce moment d'inquiétude,
sur ma manche
la lune, elle aussi, pose
son visage humide.

        Ise

ahini ahite
mono omohu koro no
wa ga sode ni
yadoru tsuki sahe
nururu kao naru


761
Au point du jour, coups de bec
des bécassines sur leurs plumes :
coups de bec par centaines...
Et la nuit où vous n'êtes pas venu
c'est autant de fois que je gémis !

   Anonyme

Akatsuki no
shigi no hane-gaki
momo-hagaki
kimi ga konu yo wa
ware zo kazu kaku

771

« Je reviens tout de suite »
disiez-vous en partant.
Depuis ce matin-là,
perdu dans mon amour
on n'entend que le son de mes pleurs.

    Moine Henjô
Ima kon to
Lite wakareshi
ashita yori
omoi-kurashi no
ne wo nomi zo naku



773

Je pensais : - il ne viendra plus !
Et j'étais triste : mais voici
qu'une araignée
à mon vêtement suspendue
me dit : - Va, espère encore !

   Anonyme

Ima shi wa to
wabinishi mono wo
sasagani no
koromo ni kakari
ware wo tanomuru

780


Sur le mont Miwa
Combien je vais attendre
Quand je songe que
Les années auront beau passer
Nul ne viendra ici me voir

        Ise

Miwa no yama
ikani machimimu
toshi futomo
tadzunuru hito mo
araji to omoheba
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

782


Ainsi c'en est fait -
mon corps aux ondées d'automne
tant s'est défraîchi
que vos mots, feuilles flétries,
ailleurs se sont dispersés

        Ono No Komachi

ima ha tote
waga mi shigure ni
furinureba
koto no ha sahe ni
utsurohinikeri

783


D'amour tant épris
si mon cœur se défeuillait
comme font les arbres
au gré de tous les vents certes
se disperserait partout

        Ono No Sadaki

Hito wo omou
kokoro ko no ha ni
araba koso
kaze no mani-mani
chiri mo midareme

789


Des monts de la Mort
n'ai vu que les contreforts
et suis revenue,
car avant l'homme au cœur froid
ne voulais point les franchir

        Hyôe

Shide no yama
fumoto wo mite zo
kaerinishi
tsuraki hito yori
mazu koeji to te

790


La fleur est passée
et les roseaux nains des champs
flétris, désunis,
ainsi que mon cœur grainé
longtemps vont se consumer

        Komachi ga Ane

(soeur aînée de Ono no Komachi

Toki sugite
kare-yuku ono no
asaji ni wa
ima wa omoi zo
taezu moekeru

791


Brûlis de l'hiver
en friche m'ont consumée :
las, si seulement
de ces cendres-là germaient
l'espoir d'un autre printemps !

        Ise

Fuyu-gare nbo
no-be to waga mi wo
omoi-seba
moete mo haru wo
matamashi mono wo

795
Le cœur des hommes
de ce monde
est bien semblable
à la teinte des fleurs
dont les coloris aisément se fanent.

    Anonyme
yo no naka no
hito no kokoro ha
hanazome no
utsurohiyasuki
iro ni zo arikeru




797


On n'en voit la couleur
Que déjà elle se fane
La fleur de l'amour
Celle qui en ce bas monde
Eclot dans le coeur de l'homme

        Ono No Komachi

Iro miede
utsurofu mono ha
yo no naka no
hito no kokoro no
hana ni zo arikeru
(Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

804
Les premières oies sauvages
crient sur leur passage
en traversant le monde
alors que le cœur des hommes
souffre de lassitude.

    Ki no Tsurayuki
Hatsukari no
naki koso watare
yo no naka no
hito no kokoro no
aki shi ukereba


808


De son abandon
qui tant et tant me chagrine
j'ai noué la trame
mais innocents se dénouent
sous mon brocart les cordons

        Inaba

Ai-minu mo
uki mo waga mi no
kara-goromo
omoi-shirazu mo
tokuru himo kana

810


Las, que ne l'a-t-il
quitté à l'insu de tous !
Lors même accablée
eussé-je pu dire au moins
« ce n'est que vaine rumeur »

        Ise

Hito shirezu
Taenamashikaba
wabi-tsutsu mo
naki na zo to dani
iwamashi mono wo

822


Livrée à froideur
comme épi au vent d'autome
ah, quel triste sort !
Pauvre de moi dont nul fruit
ne sera plus à attendre

        Ono No Komachi

Aki-kaze ni
au tanomi koso
kanashikere
waga mi munashiku
narinu to omoeba


827

Tristement sur l'eau
l'écume disparaît : ainsi
puissé-je me perdre :
qu'importe une longue vie dans le courant
à qui n'espère plus d'appui !

        Ki no Tomonori

Uki nagara
kenuru awa to mo
narinanan
nagarete to dani
tanomarenu mi wa

TRISTESSE / Livre 16

Poèmes 829 à 862

847

Il paraît qu'à la Cour
Tout le monde porte de nouveau
Des tenues colorées ;
Oh ! Toi, ma manche cousue
Fais au moins l'effort de séchet !

        Henjô

Mina hito ha
Hana no koromo ni
Narinunari
Koke no tamoto yo
Kahaki dani seyo


853


Dans les touffes de mscanthe
que vous aviez plantées
nombreux cris d'insectes
votre jardin s'est mué
en une lande livrée aux herbes

    Miharu no Aritsuke

Kimi ga ueshi
hito-mura susuki
mushi no ne no
shigeki no-be to mo
narinikeru kana

855
Vers lui qui n'est plus,
là-bas s'il est vrai que tu ailles,
coucou,
dis-lui que, fidèle, je crie vers lui,
et que sans fin je ne fais que pleurer

    Anonyme
Nakui hito no
yado ni kayowaba
hototogisu
kakete ne ni nomi
naku to tsugenan


860

La rosée
moi qui la pensais chose
éphémère :
et voici que mon corps sur l'herbe
est chose aussi posée à peine !

        Fujiwara no Koremoto

Tsuyu wo nado
ada naru mono to
omoiken
waga mi mo kusa ni
okanu bakari wo

861

Qu'à la fin
c'est le chemin qu'il faille aller
je le savais : mais
que ce fût pour hier - pour aujourd'hui
non cela je ne le pensais pas !

        Ariwara no Narihra

Tsui ni yuku
michi to wa kanete
kikishikado
kinô kyô to wa
omowazarishi wo

882

C'est la Rivière du Ciel
dont le courant fait de nuages
est si rapide
que sans laisser reposer
sa lumière la lune coule !

        Anonyme

Ama no gawa
kumo no mio nite
hayakereba
hikari todomezu
tsuki zo nagaruru

DIVERS / Livre 17

Poèmes 863 à 932

887

L'eau qui jadis
à Nonaka jaillissait vive
s'est faite tiède :
mais la source a son vieux coeur
et qui le connaît y puise encore !

        Anonyme

Inishie no
Nonaka no shimizu
nurukeredo
moto no kokoro wo
shiru hito zo kumu

892

A Ôraki
dans la forêt l'herbe d'en dessous :
vieillie qu'elle est
le poulain s'en écarte
la coupeuse d'herbe la dédaigne !

        Anonyme

Ôaraki no
mori no shita-kusa
oinureba
koma mo susamezu
karu hito mo nashi

899

Mont du Miroir
allons ! approchons !
que je voie
si au fil des ans
j'ai atteint la vieillesse

        Anonyme

Kagamiyama
iza tachi-yorite
mite yukan
toshi henuru mi wa
oi ya shinuru to

905

Depuis que je t'ai vu pour la première fois
quand si longtemps s'est écoulé
pin de Suminoe
sur cette plage et sur toi-même
combien d'années auront passé !

        Anonyme

Ware mite mo
hisashiku nariru
Suminoe no
kishi no hime-matsu
iku-yo henuran

920


Si le Souverain
était ce bateau qu'on voit
voguer sur l'étang,
ah ! que j'aimerai lui dire :
"Voici votre port d'attache".

        Ise

Mizu no ue ni
ukaberu fune no
kimi naraba
koko zo tomari to
iwamashi mono wo

926

Ils s'en sont allés

ceux qui ne portaient habit
taillé ni cousu :
déesse de la montagne,
pourquoi blanchir cette toie ?

        Ise
Tachi-nuwanu
kinu kishi hito mo
nani mono wo
nani yama-hime no
nuno sarasuran

Renoncements / Livre 18
  1. tristesse au spectacle de l'ukiyo (poèmes 933 - 941)
  2. mise en doute de la réalité de ce monde (poèmes 942 - 943)
  3. résignation au retrait (à la retraite) (poèmes 944 - 947)
  4. haine du monde et éloge de la retrait (poèmes 948 - 954)
  5. mais... attachement au monde (poèmes 955 - 956)

933

En ce monde
est-il rien de permanent ?
Voici Asukagawa :
hier, lit profond ;
aujourd'hui, filet guéable !

        Anonyme

Yo no naka wa
nani ka tsune naru
asukagawa
kinô no fuchi zo
kyô wa se ni naru


938
Voyez-vous c'est si triste
d'être l'herbe flottante
aux racines coupées
qu'au premier courant qui m'invite
je n'ai qu'à m'abandonner

        Ono no Komachi

Wabinureba
mi wo uki-gusa no
ne wo taete
sasou mizu araba
inan to zo omou

942
Ce bas monde
Est-il rêve ou réalité ?
Réalité ou rêve
Je ne saurais dire, car
Il existe sans exister

        Anonyme
Yo no naka ha
Yume ka utsutsu ka
Utsutsu tomo
Yume tomo shirazu
Arite nakereba



947
En quel lieu pourrai-je
renoncer au monde ?
sans trêve mon coeur
par landes et monts
poursuit son errance

    Moine Sosei
Izuku ni ka
yo wo ba itowan
kokoro koso
no ni mo yama ni mo
madouberanare

956
Celui qui, rejetant le monde,
entre dans la montagne
et dans la montagne
ressent encore du dégoût
où donc pourrait-il aller ?

    Ôshikôchi no Mitsune
Yo wo sutete
yama ni iru hito
yama nite mo
nao uki toki wa
izuchi yukuran



958
Sur qui s'attarde en ce monde
paroles d'autrui croissent touffues :
et une tristesse
est à chaque noeud du bambou
où le rossignol vient gémir !

        Anonyme

Yo ni fureba
koto no ha shigeki
kure-take no
uki fushi goto ni
uguisu zo naku


962
Si d'aventure quelqu'un
Vous demande de mes nouvelles
Dites : "Dans la baie de
Suma il se morfond en
Versant des larmes sumâtres"

        Ariwara no Yukihira

Wakuraba ni
tofu hito araba
suma no ura ni
moshiho taretsusu
wabu to kotaheyo
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)


968
Là-haut, tout là-haut
dans la lune est sa demeure -
que faire sinon
confier mon sort à cet astre,
soumise à sa seule clarté ?

        Ise
Hisakata no
naka ni oitaru
sato nareba
hikari wo nomi zo
tanomuberanaru



981
Cà ! voici l'endroit
où je veux couler mes jours :
en Sugawara
le hameau de Fushimi,
désolé qu'il est, j'y tiens

        Anonyme
Iza koko ni
waga yo wa henan
sugawara ya
fushimi no sato no
aremaku mo oshi



982
Ma chaumière à moi
est au pied du Mont Miwa
si vous le voulez
venez m'y voir : c'est
la porte où il y a des cèdes !

        Anonyme

Waga io wa
Miwa no yama-moto
koishikuba
toburai-kimase
sugi tateru kado



983

Ma chaumière à moi
est au sud-est de la capitale
à l'aise j'y demeure
et l'on dit qu'à Ujiyama
se retirent les gens lassés du monde !

        Anonyme

Waga io wa
miyako no tatsu-mi
shika zo sumu
yo wo ujiama to
hito wa yû nari



990
Ce ne sont les fonds
de l'Asuka  mais voyez :
même ma maison
s'en va en liquidités,
et que son cours est rapide !

        Ise
Asukagawa
fuchi ni mo aranu
waga yado mo
se ni kawari-yuku
mono ni zo arikeru



1000
Torrent de montage
j'entends son cours impétueux
comme du Palais
la rumeur me parvient... Ah,
je voudrais le voir encore !

        Ise
Yama-kawa no
oto ni nomi kiku
momoshiki wo
mi wo haya nagara
miru yoshi mo gana


RYTHMES DIVERS / Livre 19
Poèmes 1001 à 1068


1016
Emmi la lande d'automne
se tient coquette
la valériane...
Allez vain bruit que tout cela :
la fleur aussi ne dure qu'un temps !

        Sôjô Henjô

Aki no no ni
namameki-tateru
ominaeshi
ana kashigamashi
hana mo hito-toki

1051


Même le Vieux-Pont
de Nagara, me dit-on,
va être refait :
désormais, pauvrette, à quoi
pourrai-je me comparer ?

        Ise

Naniwa naru
nagara no hashi mo
tsukuru nari
ima wa waga mi wo
nani ni tatoen

1058


Aimer quelqu'un
c'est comme porter
un fardeau sur le dos
manbquer de palanche
est bien désolant

    Anonyme

Hito kouru
koto wo omo-ni to
nanai-mote
au-go naki koso
wabishikarikere


Poèmes du Haut Secrétariat de la Poésie / Livre 20
Poèmes 1069 à 1111

1072

A Mizuguki
dans la maiso de la colline
elle et moi
avions dormi : et au matin
la surprise de la gelée blanche !

        Anonyme

Mizuguki no
oka no yakata ni
imo to are to
nete no asake no
shimo no furi wamo

1077


Dans la montagne profonde
tombe sans doute de la grêle
car sur le mont tout proche
les feuilles du jasmin étoilé
de couleurs se sont teintés

    Anonyme
Miyama ni ha
arare furu rashi
toyama naru
masaki no kadzura
iro-dzukinikeri
( Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris, 978-2-251-7225-2)

1093

Quand jusqu'à
vous abandonner je pousserai
l'infidélité
sur Matsuyama de Sue
les vagues passeront

        Anonyme

Kimi wo okite
adashi-gokoro wo
waga motaba
sue no Matsuyama
nami mo koenan


1097
Le mont du Kai
je voudrai le voir
mais, sans coeur,
s'interposent entre nous
le Sayo no Nakayama

        Anonyme

Kai ga ne wo
saya ni mo mishi ga
kekere naku
yokobori-fuseru
saya no Nakayama